Le Cavaly de Léogâne est entré en Concacaf des clubs champions totalement démuni de fonds et de ressources sportives. Son effectif, déjà réduit, n’a pas montré beaucoup de qualité, au moins tel que le public s’en était rendu compte lors du match aller contre SV Britannia d’Aruba, moustique du football. Et ses dirigeants, intrinsèquement compétents par ailleurs, se sont engagés dans une telle bataille en ordre si dispersé que le fard des discours officiels de retenue n’est pas arrivé à totalement dissimuler un malaise certain. Résultat : deux voyages mal planifiés, Aruba et Trinidad, qui ont coûté in fine beaucoup plus que de raison, et surtout cette blessure morale d’une délégation entière, en transit sur le chemin du retour à Santo Domingo, interpellée par la Police dominicaine pour défaut de visa. Les menottes, disent les joueurs eux-mêmes, n’étaient pas loin. Le club a eu aussi la malchance que son ascension vers les étoiles coïncide avec la phase d’érosion totale du terrain du Parc Gérard Christophe de Léogâne et un niveau de dégradation généralisée dont seule peut souffrir une installation complètement abandonnée des humains. Honteuse aurait été, et de toute façon irrecevable, toute invitation lancée à des étrangers pour y jouer et assister à un match de football en compétition officielle sous-continentale. C’est donc au stade Sylvio Cator, à 32 kilomètres de sa Léogâne natale, que le Cavaly a reçu son adversaire d’Aruba et recevra ce soir W. Connection de Trinidad. Quand Aquin et Saint Louis du Nord, seront à leur tour champions, ils n’auront pas le choix de demander abri elles aussi à Port-au-Prince. À couvrir alors 170 à plus de 200 kilomètres, et les deux publics frustrés de suivre à la radio les faits de gloire de leurs protégés. Aquin et Saint Louis du Nord ! En fait, à l’exception de Saint Marc et Cap-Haïtien, la vieille garantie port-au-princienne encore soutenable, aucune autre ville du pays n’est en mesure de relever le défi minimal d’un spectacle sportif. En 1976, se rappelant ses origines léogânaises, madame Simone O. Duvalier avait obtenu de son fils que le gouvernement à vie construisît un coquet ensemble : lycée comportant résidence pour professeurs, auditorium, réfectoire, piscine, terrain de football flanqué d’une petite tribune de sept cents places, vestiaires etc... Inutile d’ajouter que les autres éléments du complexe ne diffèrent point aujourd’hui du terrain de football. Vive notre capacité unique à détruire ! C’était en 1976. Un bail. En 2005, Gérard Latortue avait quelques velléités de politique infrastructurelle sportive. Il fit ériger dans son Artibonite natal, à Saint Marc et Gonaïves, au Cap aussi, des gradins métalliques (4000 places) qui entourent un terrain de jeu encore potable. Le déluge de 2007 a malheureusement emporté celui des Gonaïves. Les vestiaires sont du mode minimaliste et rustique, mais ils existent. On ne pouvait ne pas plus espérer de Préval et tous les Premier ministres et ministres des sports qu’il a et aura à consommer. Or, il se fait tard. Nous n’avons donc qu’à espérer, encore espérer, qu’aux tristes couchers de soleil des cycles présidentiels quinquennaux, se succèdent des levers radieux qui sachent inviter la jeunesse haïtienne à exposer sa beauté et son enthousiasme dans des espaces sportifs potables. Manque-t-il des 4 X 4 de luxe à la nation ? C’est possible. Au moins, on en voit, et cela ne semble pas trop troubler les finances publiques. Ma foi de sportif et de « citoyen du pays », le coût sainement géré de deux ou trois équivaudrait à celui d’un petit stade bien coquet, très tropical, ouvert au vent, au soleil et à la pluie, fermé aux destructeurs de tuyauterie, de lavabos, WC et céramique, bordé de palmiers, cocotiers, chênes, acajous, du vert partout et du festif à en revendre. Haïti ne peut plus faire marche arrière sur sa voie de civilisé, entendez par là son intégration à l’ordre mondial. De nos deniers nous ne pouvons pas que voler. Le peuple cherche à se nourrir. Il le fait plus mal que bien. Il cherche aussi à s’éduquer. Plus mal que bien aussi. S’habiller et quoi encore! Tout ça avec ses fonds privés et quelques miettes de l’État. Le loisir du football est plus que du loisir. C’est de l’ordre de l’universel. Et nous nous sommes inscrits dans cet ordre depuis notre naissance. Le football ne se fait plus sur des terrains vagues, poussiéreux, rocailleux, insalubres donc. Est-ce si cher de respecter le peuple ?
Par Patrice Dumont
www.lematinhaiti.com
0 comments:
Post a Comment